KORASATI · MATHÉMATIQUES
Retrouvez le cours intégral ci-dessous et sa version A4 mise en page, avec toutes les figures et les exercices corrigés.
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Objectifs. Distinguer forme explicite et récurrence, étudier des variations et des bornes, utiliser le raisonnement par récurrence, reconnaître une suite arithmétique ou géométrique et calculer des sommes. Ce chapitre de première année ne suppose ni théorie des limites de suites ni théorème de convergence.
Du rang au terme
Une suite numérique est une fonction définie sur les entiers à partir d’un rang initial, à valeurs réelles. Le terme de rang se note ; la suite entière se note . On prend , mais une suite peut commencer au rang ou à un autre rang indiqué.
Une expression explicite
Lorsque est donné directement en fonction de , on peut calculer un terme sans connaître les précédents. Par exemple, Ici le dénominateur est non nul pour tous les rangs autorisés. Le terme s’obtient en remplaçant chaque par :
Une relation de récurrence
Une suite peut être donnée par un premier terme et une règle reliant un terme au suivant. Pour et , on calcule successivement , , . La seule règle ne fixe pas la suite : changer change les termes.
Indices et calculs : quatre objets distincts
est le terme suivant ; est le terme actuel augmenté de ; est le terme de rang double ; est le double du terme actuel. En général, ces quatre nombres sont différents.
Exemple - Lire une suite dans une situation
Une rangée de sièges contient places ; chaque nouvelle rangée en contient de plus. Si la première porte le rang , alors et . Si elle porte le rang , le terme initial est . Les deux conventions décrivent la même situation mais donnent des formules d’indices différentes.
Une représentation discrète
On place les points dans un repère. Les rangs sont entiers : le dessin ne comprend pas automatiquement les valeurs entre deux rangs. Les premiers points peuvent suggérer une propriété ; ils ne démontrent pas qu’elle est vraie pour tous les rangs.
Étudier les variations et les bornes
Comparer deux termes consécutifs
Définitions
La suite est croissante si pour tous les rangs, décroissante si . Elle est strictement monotone quand les inégalités sont strictes. Une suite constante satisfait les deux inégalités larges.
La méthode générale est l’étude du signe de . Lorsque tous les termes sont strictement positifs, on peut aussi comparer à . Sans cette positivité, la règle du quotient peut donner une conclusion fausse.
Exemple - Factoriser une différence
Pour , , La différence est négative au rang , nulle au rang , positive pour . Ainsi , , puis les termes augmentent strictement à partir de . La suite n’est pas monotone sur tous les rangs.
Majorer, minorer et borner
La suite est majorée s’il existe un réel avec pour tous les rangs. Elle est minorée s’il existe avec . Elle est bornée lorsque les deux conditions sont satisfaites. Les constantes et ne doivent pas dépendre de .
Exemple - Une borne non atteinte
Pour , , , donc Le majorant est atteint au rang ; le minorant n’est jamais atteint. De plus, La suite est strictement décroissante, tout en restant positive.
Une propriété ne remplace pas une autre
La suite est bornée par et , mais n’est pas monotone. La suite est croissante mais n’est pas majorée : pour toute borne proposée , un entier la dépasse. Une suite peut être positive sans être croissante ; les variations comparent les termes entre eux, le signe les compare à .
Le tableau de premiers termes sert au contrôle
Une valeur numérique calculée avec erreur peut fausser une conjecture. Pour une propriété sur tous les rangs, rechercher une identité, une inégalité générale ou une preuve par récurrence.
Suites arithmétiques
Une différence constante
Une suite est arithmétique de raison si pour tout . La raison est une constante indépendante du rang. En ajoutant à chaque étape, on obtient, pour , En particulier, si le premier terme est , ; s’il est , .
Justification par récurrence
La formule est vraie pour . Si elle est vraie au rang , alors . Elle est donc vraie pour tous les rangs à partir de .
Variations et reconnaissance
Si , la suite est strictement croissante ; si , strictement décroissante ; si , constante. Pour reconnaître une suite arithmétique, on calcule la différence à un rang quelconque. Deux premières différences égales ne suffisent pas pour une suite dont la définition générale est inconnue.
Exemple - Reconnaître ou rejeter
est arithmétique car . En revanche, pour , la différence dépend de : la suite n’est pas arithmétique.
Somme de termes consécutifs
Nombre de termes multiplié par la moyenne des extrêmes
Pour , il y a termes entre et , bornes comprises. Leur somme vaut La formule fonctionne aussi pour une raison négative ou nulle.
Preuve. Écrivons la somme dans l’ordre croissant des indices puis dans l’ordre inverse. Chaque paire verticale a la même somme . Les paires donnent .
Exemple - Somme de nombres impairs
Les premiers entiers impairs sont . Ils forment une suite arithmétique de raison , donc
Application - Les rangées de sièges
Dans une salle, la première rangée a places et chaque suivante de plus. La vingtième a places. Les vingt rangées contiennent places. Le calcul tient compte du nombre réel de rangées, et non de la seule différence .
Suites géométriques
Un facteur multiplicatif constant
Une suite est géométrique de raison si pour tous les rangs. Lorsque , pour , Si , tous les termes strictement après le rang sont nuls ; on conserve séparément le terme . Cette distinction évite de faire intervenir .
Exemple - Un pourcentage répété
Une population de bactéries augmente de à chaque étape du modèle. Alors . La raison est , et non . Si , le modèle donne .
Signe et variations
La différence permet d’étudier les variations. Pour et , les termes sont positifs : la suite est strictement croissante si , décroissante si , constante si . Pour , les sens s’inversent. Si , la suite est nulle.
Si et , les signes alternent. La suite n’est pas monotone sur tous les rangs. Par exemple commence par : une raison plus petite que ne suffit pas à conclure à la décroissance.
Somme géométrique
Garder le nombre de termes dans l’exposant
Pour une suite géométrique et termes, Si , la somme vaut . Pour , et la même formule donne bien .
Preuve. Posons . La soustraction annule les termes intermédiaires et donne . On peut diviser par seulement si .
Exemple - Six termes, pas cinq
La somme contient six termes, de premier terme et de raison . Elle vaut Le dernier exposant dans la somme est , mais celui de la formule est , car il représente le nombre de termes.
Récurrence et étude d’un modèle simple
Trois étapes pour tous les rangs
Pour établir une propriété pour , on vérifie d’abord , puis on suppose vraie à un rang quelconque et on démontre . On conclut enfin par récurrence. L’hypothèse temporaire ne remplace pas l’initialisation.
Une suite définie sur tous les rangs
Soit et . Montrons .
Initialisation. satisfait les deux inégalités. Hérédité. Si , alors , donc , ce qui implique bien . Par récurrence, tous les termes restent dans .
La différence est . La suite est donc strictement croissante et bornée. Ces propriétés ne nécessitent pas de connaître une formule explicite.
Trouver puis prouver une formule
Le nombre vérifie . Posons . Alors La suite est géométrique, de premier terme . Ainsi On retrouve , , . Les termes restent strictement inférieurs à , puisque la quantité soustraite est strictement positive à chaque rang.
Une situation à apport constant
Un récipient contient initialement litres. À chaque étape, on en conserve , puis on ajoute litres : . Cette suite n’est pas arithmétique, car varie avec le volume. Elle n’est pas géométrique non plus, car un apport fixe s’ajoute à la multiplication.
Le nombre vérifie . Soustraire ce nombre donne L’écart à suit donc une règle géométrique. Cette observation fournit une méthode de calcul dans ce modèle précis, sans prétendre transformer ainsi toutes les récurrences.
Ce chapitre ne conclut pas par un théorème de convergence
Les formules, variations et bornes obtenues sont des résultats complets de première année. La notion de limite d’une suite et les théorèmes de convergence seront étudiés dans le chapitre de deuxième année ; un dessin qui semble se stabiliser ne remplace pas ces théorèmes.
Exercices corrigés
Exercice 1 - Forme explicite, variations et bornes
Pour , . Calculer , puis montrer que la suite est strictement croissante et bornée. Solution. On obtient , , . Pour tous les rangs, , donc . La suite est strictement croissante, minorée par et majorée par . La borne est atteinte ; ne l’est pas.
Figure disponible dans la version PDF ci-dessus.
Les points représentent les rangs entiers à ; aucune ligne ne les relie.
Exercice 2 - Deux termes d’une suite arithmétique
Une suite arithmétique, définie pour , vérifie et . Déterminer , et la somme des vingt premiers termes. Solution. , donc . Puis et . Le vingtième terme vaut ; la somme de à contient vingt termes :
Exercice 3 - Retrouver une raison géométrique
Une suite géométrique vérifie et . Déterminer sa raison, son terme général et la somme de à . Solution. donne , donc et . Ainsi pour . Il y a huit termes dans la somme demandée, d’où La suite est strictement croissante car son premier terme est positif et sa raison vaut .
Exercice 4 - Une raison négative et une somme
Pour , calculer , dire si la suite est monotone et calculer . Solution. Les termes sont : la suite décroît puis croît, donc elle n’est ni croissante ni décroissante sur tous les rangs. Les sept termes ont pour somme La puissance est impaire : . Oublier ce signe changerait la somme.
Exercice 5 - Une identité par récurrence
Démontrer que pour tout entier , en utilisant la récurrence et non directement la formule de somme arithmétique. Solution. Au rang , le membre de gauche vaut . Fixons un et supposons l’identité vraie à ce rang. En ajoutant le terme impair suivant , on obtient Cette expression est la formule attendue au rang . L’initialisation et l’hérédité sont établies : par récurrence, l’identité est vraie pour tout . La démonstration justifie la formule indépendamment de la méthode de somme utilisée dans le cours.
Exercice 6 - Une récurrence, des bornes et une formule
On pose et . Montrer , étudier les variations, puis trouver à l’aide de . Solution. L’encadrement est vrai au rang . Si , alors , donc , ce qui entraîne l’encadrement voulu au rang suivant. Par récurrence, la suite est définie et bornée à tous les rangs.
On a , donc la suite est strictement croissante. Ensuite, Comme , et La formule redonne et . Elle prouve aussi directement que la valeur n’est atteinte à aucun rang.
Exercice 7 - Atteindre un seuil dans un modèle
Dans le modèle du récipient, et . Déterminer , prouver que les volumes augmentent tout en restant inférieurs à , puis trouver le premier rang où . Solution. Posons . On a et , donc Puis donne , et La condition équivaut à . Les puissances sont décroissantes et on calcule , . Le premier rang est donc ; et . Aucun logarithme n’est nécessaire pour ce seuil de première année.