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Structures algébriques - Cours et exercices corrigés | 2e Bac sciences mathématiques

KORASATI · MATHÉMATIQUES

Retrouvez le cours intégral ci-dessous et sa version A4 mise en page, avec toutes les figures et les exercices corrigés.

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Objectifs. Identifier les propriétés d’une loi, démontrer qu’un ensemble est un groupe, un anneau ou un corps, utiliser un morphisme et un isomorphisme, puis travailler dans un espace vectoriel réel avec sous-espaces, familles libres, bases et dimension.

Méthode. Une structure porte sur un ensemble et des opérations précises. Le même ensemble peut avoir des propriétés très différentes selon la loi choisie. Les exemples du chapitre utilisent nombres, classes de congruence, transformations, matrices, polynômes et fonctions.

Lois de composition et propriétés

Une loi de composition interne sur EE est une application E×E→EE\times E\to E. On note souvent le résultat x*yx*y. Il faut donc vérifier que l’opération est définie pour tout couple et que son résultat reste dans EE.

L’addition est interne dans ℤ\mathbb{Z}, mais la division ne l’est pas : elle n’est pas définie pour un diviseur nul et ne donne pas toujours un entier. Sur l’ensemble ℝ2[X]\mathbb{R}_2[X] des polynômes de degré au plus 22, l’addition est interne ; la multiplication usuelle ne l’est pas, car X2⋅X2=X4X^2\cdot X^2=X^4 sort de cet ensemble.

Stabilité et loi induite

Un sous-ensemble F⊆EF\subseteq E est stable pour ** si x*y∈Fx*y\in F pour tous x,y∈Fx,y\in F. On peut alors restreindre la loi à FF : c’est la loi induite. Une propriété comme l’associativité se transmet à une partie stable ; l’existence d’un neutre ou d’inverses dans cette partie doit encore être vérifiée.

Les propriétés à distinguer

  • Associativité : (x*y)*z=x*(y*z)(x*y)*z=x*(y*z) pour tous x,y,z∈Ex,y,z\in E.

  • Commutativité : x*y=y*xx*y=y*x pour tous x,y∈Ex,y\in E.

  • Élément neutre : un élément e∈Ee\in E tel que e*x=x*e=xe*x=x*e=x pour tout x∈Ex\in E.

  • Symétrique de xx, relativement à ee : un élément yy tel que x*y=y*x=ex*y=y*x=e.

Le neutre, s’il existe, est unique : si e,e′e,e' sont neutres, e=e*e′=e′e=e*e'=e'. Pour une loi associative avec neutre, le symétrique est unique : si y,zy,z sont deux symétriques de xx, alors y=y*(x*z)=(y*x)*z=zy=y*(x*z)=(y*x)*z=z.

En notation additive, le neutre se note 00 et le symétrique −x-x ; en notation multiplicative, ils se notent 11 et x−1x^{-1}. Ces symboles désignent les éléments correspondant à la loi étudiée, pas nécessairement les réels usuels 00 et 11.

Répéter une opération

Pour une loi associative, xnx^n représente un produit de nn facteurs xx et nxnx une somme de nn termes xx. Avec un neutre, x0=ex^0=e en notation multiplicative. Avec un inverse, on définit les puissances négatives. Les règles xm+n=xmxnx^{m+n}=x^mx^n portent sur un même élément ; la formule (xy)n=xnyn(xy)^n=x^ny^n exige en général que xx et yy commutent.

Groupes et sous-groupes

Un groupe (G,*)(G,*) est un ensemble muni d’une loi interne associative, possédant un élément neutre et un symétrique pour chaque élément. S’il est aussi commutatif, on parle de groupe commutatif ou abélien.

Exemples : (ℤ,+)(\mathbb{Z},+), (ℝ,+)(\mathbb{R},+) et (ℂ,+)(\mathbb C,+) sont des groupes commutatifs. Les ensembles ℝ*=ℝ\{0}\mathbb{R}^*=\mathbb{R}\setminus\{0\} et ℂ*\mathbb C^* sont des groupes pour la multiplication. Les racines nn-ièmes de l’unité forment un groupe multiplicatif 𝕌n\mathbb U_n. En revanche, (ℕ,+)(\mathbb{N},+) n’est pas un groupe, car 11 n’y possède pas d’opposé.

Les bijections d’un ensemble sur lui-même forment un groupe pour la composition : le neutre est l’identité, et le symétrique la bijection réciproque. Ce groupe n’est pas nécessairement commutatif. Sur {1,2,3}\{1,2,3\}, si pp échange 1,21,2 et qq échange 2,32,3, alors (p∘q)(1)=2(p\circ q)(1)=2 tandis que (q∘p)(1)=3(q\circ p)(1)=3.

Calculer dans un groupe

On peut simplifier un facteur commun du même côté : ax=ayax=ay implique x=yx=y en composant à gauche par a−1a^{-1}. Les équations ax=bax=b et xa=bxa=b ont pour solutions respectives a−1ba^{-1}b et ba−1ba^{-1}. Dans un groupe non commutatif, l’ordre est essentiel. (ab)−1=b−1a−1,(a−1)−1=a.(ab)^{-1}=b^{-1}a^{-1},\qquad (a^{-1})^{-1}=a. La première formule se vérifie en multipliant abab par b−1a−1b^{-1}a^{-1} dans les deux ordres. La simplification n’autorise pas à déplacer librement un facteur de gauche à droite.

Caractériser un sous-groupe

Un sous-groupe HH de GG est une partie qui, avec la loi induite, est elle-même un groupe.

Critère pratique

H⊆GH\subseteq G est un sous-groupe si et seulement si H≠⌀H\ne\varnothing et ∀x,y∈H,xy−1∈H.\forall x,y\in H,\qquad xy^{-1}\in H. En notation additive, la condition est x−y∈Hx-y\in H.

En choisissant un élément a∈Ha\in H, le critère donne aa−1=e∈Haa^{-1}=e\in H, puis ey−1=y−1∈Hey^{-1}=y^{-1}\in H, et enfin la stabilité par produit. L’associativité est héritée du groupe ambiant.

Pour tout entier m≥1m\ge1, mℤm\mathbb{Z} est un sous-groupe de (ℤ,+)(\mathbb{Z},+), car mp−mq=m(p−q)mp-mq=m(p-q). Le cercle unité 𝕌\mathbb U est un sous-groupe de ℂ*\mathbb C^*, puisque |zw−1|=1|zw^{-1}|=1 si |z|=|w|=1|z|=|w|=1.

Morphismes, isomorphismes et transport de structure

Une application φ:(G,*)→(H,∘)\varphi:(G,*)\to(H,\circ) est un morphisme de groupes si φ(x*y)=φ(x)∘φ(y)pour tous x,y∈G.\varphi(x*y)=\varphi(x)\circ\varphi(y)\quad\text{pour tous }x,y\in G. Elle transforme le neutre de GG en celui de HH et le symétrique de xx en celui de φ(x)\varphi(x). Par exemple, φ(eG)=φ(eG)∘φ(eG)\varphi(e_G)=\varphi(e_G)\circ\varphi(e_G), puis la simplification dans HH donne φ(eG)=eH\varphi(e_G)=e_H.

L’image φ(G)\varphi(G) est un sous-groupe de HH : elle est non vide et φ(x)∘φ(y)−1=φ(x*y−1)\varphi(x)\circ\varphi(y)^{-1}=\varphi(x*y^{-1}). Un morphisme bijectif est un isomorphisme. Sa réciproque respecte elle aussi les lois ; les deux structures sont alors décrites par des éléments différents mais les mêmes règles de calcul.

Le noyau ker⁡φ={x∈G∣φ(x)=eH}\ker\varphi=\{x\in G\mid\varphi(x)=e_H\} est un sous-groupe de GG. Le morphisme est injectif si et seulement si son noyau est réduit à {eG}\{e_G\} : si φ(x)=φ(y)\varphi(x)=\varphi(y), alors φ(x*y−1)=eH\varphi(x*y^{-1})=e_H.

Exemple - Classes et racines de l’unité

L’application φ:ℤ/nℤ→𝕌n,k¯↦e2ikπ/n\varphi:\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\longrightarrow\mathbb U_n, \qquad\overline k\longmapsto e^{2ik\pi/n} est bien définie : changer kk d’un multiple de nn ne change pas l’exponentielle. Elle transforme une somme de classes en produit, est surjective par la description des racines et injective car e2ikπ/n=1e^{2ik\pi/n}=1 équivaut à n∣kn\mid k. C’est un isomorphisme du groupe additif des classes vers le groupe multiplicatif des racines.

Construire une loi à partir d’une bijection

Si ψ:E→G\psi:E\to G est une bijection vers un groupe, définir x*y=ψ−1(ψ(x)ψ(y))x*y=\psi^{-1}(\psi(x)\psi(y)) transporte la structure de groupe sur EE. L’associativité se déduit de celle de GG, le neutre est ψ−1(eG)\psi^{-1}(e_G) et l’inverse de xx est ψ−1(ψ(x)−1)\psi^{-1}(\psi(x)^{-1}).

Il faut vérifier la bijection et la formule de la loi avant d’utiliser ce raccourci. Par exemple, ψ(x)=x−2\psi(x)=x-2 transporte l’addition réelle sur ℝ\mathbb{R} par x*y=x+y−2x*y=x+y-2 : le neutre est 22, et le symétrique de xx est 4−x4-x.

Anneaux, anneaux intègres et corps

Un anneau possède deux lois, notées ++ et ×\times : (A,+)(A,+) est un groupe commutatif, la multiplication est associative, et elle est distributive à gauche et à droite par rapport à l’addition. Dans ce chapitre, les anneaux considérés possèdent aussi un élément unité 1≠01\ne0. La multiplication peut ne pas être commutative ; si elle l’est, l’anneau est dit commutatif.

Les ensembles ℤ,ℚ,ℝ,ℂ\mathbb{Z},\mathbb{Q},\mathbb{R},\mathbb C avec leurs opérations usuelles et ℤ/nℤ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, pour n≥2n\ge2, avec les opérations sur les classes sont des anneaux commutatifs. Les polynômes ℝ[X]\mathbb{R}[X] en forment un autre. Les matrices carrées réelles forment des anneaux généralement non commutatifs.

Règles valables dans un anneau

La distributivité donne a0=0a=0a0=0a=0, a(−b)=(−a)b=−(ab)a(-b)=(-a)b=-(ab) et (−a)(−b)=ab(-a)(-b)=ab. Par exemple, a0=a(0+0)=a0+a0a0=a(0+0)=a0+a0, puis la simplification dans le groupe additif donne a0=0a0=0.

Dans un anneau non commutatif, (a+b)2=a2+ab+ba+b2(a+b)^2=a^2+ab+ba+b^2. Écrire 2ab2ab à la place de ab+baab+ba exige que aa et bb commutent. De même, un produit nul peut avoir deux facteurs non nuls.

Intégrité et simplification

Un anneau commutatif unitaire est intègre si ab=0ab=0 implique a=0a=0 ou b=0b=0. Dans un tel anneau, si a≠0a\ne0 et ab=acab=ac, alors a(b−c)=0a(b-c)=0 et donc b=cb=c.

ℤ\mathbb{Z} et ℝ[X]\mathbb{R}[X] sont intègres. En revanche, ℤ/6ℤ\mathbb{Z}/6\mathbb{Z} ne l’est pas, car 2¯3¯=0¯\overline2\,\overline3=\overline0 avec deux classes non nulles. L’anneau des fonctions réelles sur ℝ\mathbb{R}, avec opérations point par point, n’est pas intègre non plus : les fonctions f(x)=max⁡(x,0)f(x)=\max(x,0) et g(x)=max⁡(−x,0)g(x)=\max(-x,0) sont non nulles, mais leur produit est partout nul.

Corps

Un corps est un anneau commutatif unitaire dans lequel tout élément non nul possède un inverse multiplicatif. Ainsi (K\{0},×)(K\setminus\{0\},\times) est un groupe. Les ensembles ℚ,ℝ,ℂ\mathbb{Q},\mathbb{R},\mathbb C sont des corps ; ℤ\mathbb{Z} n’en est pas un, car 22 n’y possède pas d’inverse.

Tout corps est intègre : si ab=0ab=0 et a≠0a\ne0, multiplier par a−1a^{-1} donne b=0b=0. La réciproque est fausse, comme le montre ℤ\mathbb{Z}.

Pour n≥2n\ge2, ℤ/nℤ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} est un corps si et seulement si nn est premier. Si n=pn=p est premier, tout entier aa non divisible par pp vérifie une relation de Bézout au+pv=1au+pv=1 ; donc u¯\overline u est un inverse de a¯\overline a. Si n=rsn=rs avec 1<r,s<n1<r,s<n, alors r¯s¯=0¯\overline r\,\overline s=\overline0 avec deux facteurs non nuls, ce qui exclut un corps. Ce résultat utilise les acquis d’arithmétique de 2e Bac SM.

Matrices carrées d’ordre 2 ou 3

Une matrice réelle d’ordre nn, pour n=2n=2 ou 33, est un tableau A=(aij)A=(a_{ij}) de nn lignes et nn colonnes. L’addition se fait terme à terme, et le produit par un réel λ\lambda multiplie chaque coefficient par λ\lambda. La matrice nulle est le neutre additif ; l’opposée est −A-A.

Le produit de deux matrices est défini par (AB)ij=∑k=1naikbkj.(AB)_{ij}=\sum_{k=1}^n a_{ik}b_{kj}. On multiplie la ligne ii de AA par la colonne jj de BB puis on additionne. Il ne s’agit pas d’une multiplication terme à terme. La matrice identité InI_n, dont la diagonale vaut 11 et les autres coefficients 00, vérifie AIn=InA=AAI_n=I_nA=A.

Exemple - Deux produits différents

Pour A=(1201)A=\begin{pmatrix}1&2\\0&1\end{pmatrix} et B=(1031)B=\begin{pmatrix}1&0\\3&1\end{pmatrix}, AB=(7231),BA=(1237).AB=\begin{pmatrix}7&2\\3&1\end{pmatrix},\qquad BA=\begin{pmatrix}1&2\\3&7\end{pmatrix}. La multiplication n’est pas commutative. Elle est cependant associative et distributive ; (Mn(ℝ),+,×)(M_n(\mathbb{R}),+,\times) est un anneau unitaire. Deux matrices non nulles peuvent avoir un produit nul : pour E11=(1000)E_{11}=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix} et E22=(0001)E_{22}=\begin{pmatrix}0&0\\0&1\end{pmatrix}, E11E22=0E_{11}E_{22}=0.

Matrices inversibles

Une matrice AA est inversible s’il existe BB tel que AB=BA=InAB=BA=I_n. Cette matrice est unique et se note A−1A^{-1}. Les matrices inversibles forment un groupe multiplicatif, noté GLn(ℝ)GL_n(\mathbb{R}) ; l’ensemble de toutes les matrices n’est pas un groupe multiplicatif, puisque la matrice nulle n’est pas inversible.

Pour A=(abcd)A=\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}, si ad−bc≠0ad-bc\ne0, alors A−1=1ad−bc(d−b−ca).A^{-1}=\frac1{ad-bc}\begin{pmatrix}d&-b\\-c&a\end{pmatrix}. Le produit dans les deux ordres donne I2I_2, ce qui vérifie la formule. Si ad−bc=0ad-bc=0, la matrice n’est pas inversible. Pour des matrices inversibles, (AB)−1=B−1A−1(AB)^{-1}=B^{-1}A^{-1} : on retrouve l’ordre inversé du calcul dans un groupe.

Espaces vectoriels réels et sous-espaces

Un espace vectoriel réel est un ensemble EE muni d’une addition et d’une multiplication externe ℝ×E→E\mathbb{R}\times E\to E, notée (λ,u)↦λu(\lambda,u)\mapsto\lambda u. L’addition fait de EE un groupe commutatif, et, pour u,v∈Eu,v\in E, λ,μ∈ℝ\lambda,\mu\in\mathbb{R}, λ(u+v)=λu+λv,(λ+μ)u=λu+μu,(λμ)u=λ(μu),1u=u.\lambda(u+v)=\lambda u+\lambda v,\quad (\lambda+\mu)u=\lambda u+\mu u,\quad (\lambda\mu)u=\lambda(\mu u),\quad 1u=u. Les éléments de EE sont appelés vecteurs, même s’il s’agit de fonctions, de matrices ou de polynômes. Les réels λ\lambda sont les scalaires. On distingue le réel 00 du vecteur nul 0E0_E, bien que les notations soient souvent abrégées.

On déduit 0u=0E0u=0_E, λ0E=0E\lambda0_E=0_E et (−1)u=−u(-1)u=-u. Si λu=0E\lambda u=0_E, alors λ=0\lambda=0 ou u=0Eu=0_E : pour λ≠0\lambda\ne0, on multiplie par le scalaire 1/λ1/\lambda.

Exemples fondamentaux

ℝ2\mathbb{R}^2, ℝ3\mathbb{R}^3 et ℂ\mathbb C sont des espaces vectoriels réels avec leurs opérations usuelles. Les ensembles M2(ℝ)M_2(\mathbb{R}), M3(ℝ)M_3(\mathbb{R}), ℝn[X]\mathbb{R}_n[X] des polynômes de degré au plus nn, et l’ensemble ℱ(I,ℝ)\mathcal F(I,\mathbb{R}) des fonctions réelles définies sur un même intervalle II le sont également. Les opérations sur les fonctions sont point par point ; on ne modifie pas le domaine en additionnant deux fonctions de cet espace.

Le fait que ℝn[X]\mathbb{R}_n[X] soit un espace vectoriel ne rend pas la multiplication des polynômes interne pour n≥1n\ge1. Les structures utilisent ici des opérations différentes : addition et multiplication par un scalaire, non multiplication de deux polynômes.

Critère de sous-espace vectoriel

Une partie FF d’un espace vectoriel réel EE est un sous-espace si F≠⌀F\ne\varnothing et si λu+μv∈Fpour tous u,v∈F et λ,μ∈ℝ.\lambda u+\mu v\in F\quad\text{pour tous }u,v\in F\text{ et }\lambda,\mu\in\mathbb{R}. On peut aussi vérifier séparément que 0E∈F0_E\in F, que FF est stable par addition et qu’il est stable par multiplication par un réel.

Un sous-groupe additif n’est pas nécessairement un sous-espace réel : ℤ⊂ℝ\mathbb{Z}\subset\mathbb{R} est stable par différence, mais pas par multiplication par 1/21/2. Un ensemble défini par une équation linéaire homogène est un candidat naturel ; une droite ou un plan ne passant pas par l’origine ne contient pas 0E0_E et n’est donc pas un sous-espace.

Combinaisons linéaires, bases et dimension

Une combinaison linéaire de u1,…,upu_1,\ldots,u_p est un vecteur λ1u1+⋯+λpup\lambda_1u_1+\cdots+\lambda_pu_p avec des coefficients réels. L’ensemble de ces combinaisons, noté Vect⁡(u1,…,up)\operatorname{Vect}(u_1,\ldots,u_p), est un sous-espace : l’addition et le produit par un scalaire conservent cette forme.

La famille est génératrice de EE si toutes les combinaisons possibles donnent tout EE. Elle est libre si λ1u1+⋯+λpup=0E⇒λ1=⋯=λp=0.\lambda_1u_1+\cdots+\lambda_pu_p=0_E \Longrightarrow \lambda_1=\cdots=\lambda_p=0. Sinon elle est liée. Une famille contenant le vecteur nul est liée. La non-nullité de chaque vecteur ne suffit pas à prouver la liberté : deux vecteurs non nuls colinéaires constituent une famille liée.

Base et coordonnées

Une base est une famille à la fois libre et génératrice. Tout vecteur possède alors une unique écriture comme combinaison de ses éléments : l’existence vient du caractère générateur, l’unicité de la liberté en soustrayant deux écritures.

Dans une base ordonnée (e1,…,en)(e_1,\ldots,e_n), les coefficients sont les coordonnées du vecteur. Changer de base change généralement les coordonnées, pas le vecteur lui-même.

Figure disponible dans la version PDF ci-dessus.

Ici (u,v)(u,v) est une base de ℝ2\mathbb{R}^2, car les vecteurs ne sont pas colinéaires. Le vecteur w=u+2vw=u+2v a pour coordonnées (1;2)(1;2) dans cette base, alors que ses coordonnées usuelles sont (4;2)(4;2).

Dimension finie

Si EE possède une base finie, toutes ses bases ont le même nombre d’éléments ; ce nombre est sa dimension, notée dim⁡E\dim E. Ce résultat est admis ici. Dans un espace de dimension nn, toute famille libre comporte au plus nn vecteurs, toute famille génératrice au moins nn. Une famille de nn vecteurs est une base dès qu’elle est libre, ou dès qu’elle est génératrice.

Un sous-espace FF vérifie dim⁡F≤dim⁡E\dim F\le\dim E ; en dimension finie, l’égalité équivaut à F=EF=E. Le sous-espace réduit au vecteur nul a pour dimension 00.

Les bases usuelles donnent dim⁡ℝ2=2\dim\mathbb{R}^2=2, dim⁡ℝ3=3\dim\mathbb{R}^3=3, dim⁡ℝℂ=2\dim_{\mathbb{R}}\mathbb C=2 avec base (1,i)(1,i), et dim⁡ℝn[X]=n+1\dim\mathbb{R}_n[X]=n+1 avec base (1,X,…,Xn)(1,X,\ldots,X^n). Les matrices EijE_{ij}, ayant un seul coefficient 11 en position (i,j)(i,j), forment une base de Mn(ℝ)M_n(\mathbb{R}) ; ses dimensions sont donc 44 pour n=2n=2 et 99 pour n=3n=3.

Trouver une base d’un sous-espace

On paramètre tous ses éléments pour obtenir une famille génératrice, puis on vérifie qu’elle est libre. Par exemple, F={(x,y,z)∈ℝ3∣x+y+z=0}F=\{(x,y,z)\in\mathbb{R}^3\mid x+y+z=0\} s’écrit (x,y,z)=(−y−z,y,z)=(−y)(1,−1,0)+(−z)(1,0,−1).(x,y,z)=(-y-z,y,z)=(-y)(1,-1,0)+(-z)(1,0,-1). Les deux vecteurs proposés sont libres, car leurs deuxième et troisième coordonnées annulent séparément les coefficients d’une combinaison nulle. Ils forment donc une base de FF et dim⁡F=2\dim F=2.

Exercices corrigés

Exercice 1 - Une loi dont le neutre n’est pas 0

Sur ℝ\mathbb{R}, on définit x*y=x+y+1x*y=x+y+1. Montrer qu’il s’agit d’un groupe commutatif, déterminer le neutre et le symétrique de xx, puis donner un isomorphisme vers (ℝ,+)(\mathbb{R},+).

Correction. La loi est interne et commutative. Les deux expressions (x*y)*z(x*y)*z et x*(y*z)x*(y*z) valent x+y+z+2x+y+z+2, donc elle est associative. La condition x*e=xx*e=x donne e=−1e=-1 ; le symétrique yy vérifie x+y+1=−1x+y+1=-1, soit y=−x−2y=-x-2. Enfin φ(x)=x+1\varphi(x)=x+1 est bijective et φ(x*y)=x+y+2=φ(x)+φ(y)\varphi(x*y)=x+y+2=\varphi(x)+\varphi(y). C’est l’isomorphisme demandé.

Exercice 2 - Transporter la multiplication

Sur E=ℝ\{−1}E=\mathbb{R}\setminus\{-1\}, poser x⋆y=x+y+xyx\star y=x+y+xy. Montrer que (E,⋆)(E,\star) est un groupe et déterminer ses symétriques.

Correction. On a 1+x⋆y=(1+x)(1+y)≠01+x\star y=(1+x)(1+y)\ne0, donc la loi reste dans EE. L’application ψ:E→ℝ*\psi:E\to\mathbb{R}^*, ψ(x)=1+x\psi(x)=1+x, est une bijection et respecte la loi : ψ(x⋆y)=ψ(x)ψ(y)\psi(x\star y)=\psi(x)\psi(y). Elle transporte le groupe multiplicatif commutatif ℝ*\mathbb{R}^* sur EE.

Le neutre est ψ−1(1)=0\psi^{-1}(1)=0. Le symétrique de xx est ψ−1(1/(1+x))=−x/(1+x)\psi^{-1}(1/(1+x))=-x/(1+x). Il appartient à EE, puisque 1−x/(1+x)=1/(1+x)≠01-x/(1+x)=1/(1+x)\ne0. La substitution dans la loi donne bien x⋆(−x/(1+x))=0x\star(-x/(1+x))=0.

Exercice 3 - Sous-groupe ou sous-espace ?

Montrer que 3ℤ3\mathbb{Z} est un sous-groupe additif de ℝ\mathbb{R}. Est-ce un sous-espace vectoriel réel de ℝ\mathbb{R} ?

Correction. La partie contient 00 et la différence de 3p3p et 3q3q est 3(p−q)3(p-q), encore dans 3ℤ3\mathbb{Z}. Le critère de sous-groupe s’applique. En revanche, 3∈3ℤ3\in3\mathbb{Z} mais (1/2)⋅3=3/2∉3ℤ(1/2)\cdot3=3/2\notin3\mathbb{Z} : la stabilité par tout scalaire réel échoue. Ce n’est donc pas un sous-espace réel. La distinction vient de l’opération externe, absente de la définition d’un sous-groupe.

Exercice 4 - Image et noyau d’un morphisme

Étudier φ:(ℝ,+)→(𝕌,×)\varphi:(\mathbb{R},+)\to(\mathbb U,\times) définie par φ(t)=eit\varphi(t)=e^{it}. Est-ce un isomorphisme ?

Correction. La formule ei(s+t)=eiseite^{i(s+t)}=e^{is}e^{it} montre qu’il s’agit d’un morphisme. Tout complexe de module 11 possède un argument réel, donc l’image est 𝕌\mathbb U. Le noyau est {t∣eit=1}=2πℤ\{t\mid e^{it}=1\}=2\pi\mathbb{Z}. Il contient des éléments non nuls, donc l’application n’est pas injective ; par exemple φ(0)=φ(2π)\varphi(0)=\varphi(2\pi). Elle est surjective, mais n’est pas un isomorphisme.

Exercice 5 - Produits et inverse de matrices

Avec A=(1201)A=\begin{pmatrix}1&2\\0&1\end{pmatrix} et B=(1031)B=\begin{pmatrix}1&0\\3&1\end{pmatrix}, calculer ABAB, BABA et A−1A^{-1}. Peut-on remplacer AB+BAAB+BA par 2AB2AB ?

Correction. Les produits ligne-colonne donnent AB=(7231)AB=\begin{pmatrix}7&2\\3&1\end{pmatrix} et BA=(1237)BA=\begin{pmatrix}1&2\\3&7\end{pmatrix}. Comme le déterminant de AA vaut 11, on obtient A−1=(1−201)A^{-1}=\begin{pmatrix}1&-2\\0&1\end{pmatrix} ; les deux produits avec AA redonnent I2I_2.

Or AB+BA=(8468)AB+BA=\begin{pmatrix}8&4\\6&8\end{pmatrix}, tandis que 2AB=(14462)2AB=\begin{pmatrix}14&4\\6&2\end{pmatrix}. Ils sont différents. Le regroupement en 2AB2AB nécessiterait la commutativité des deux matrices.

Exercice 6 - Deux anneaux de classes

Expliquer pourquoi ℤ/6ℤ\mathbb{Z}/6\mathbb{Z} n’est pas un corps et pourquoi ℤ/5ℤ\mathbb{Z}/5\mathbb{Z} en est un. Résoudre 2x+1≡02x+1\equiv0 modulo 55, puis modulo 66.

Correction. Modulo 66, les classes non nulles 2¯,3¯\overline2,\overline3 ont un produit nul : il n’y a pas intégrité, donc pas de corps. Modulo 55, nombre premier, chaque classe non nulle est inversible ; notamment 2¯3¯=1¯\overline2\,\overline3=\overline1 et 4¯2=1¯\overline4^2=\overline1.

Modulo 55, l’équation donne 2x≡42x\equiv4, puis multiplication par 33 : x≡12≡2x\equiv12\equiv2. Modulo 66, elle exige 2x≡52x\equiv5, ce qui est impossible : les restes de 2x2x sont 0,2,40,2,4. Les solutions sont donc x=5k+2x=5k+2 dans le premier cas, et aucune dans le second.

Exercice 7 - Une base dans un plan vectoriel

Pour F={(x,y,z)∈ℝ3∣x−2y+z=0}F=\{(x,y,z)\in\mathbb{R}^3\mid x-2y+z=0\}, montrer que FF est un sous-espace, en donner une base et exprimer (3,2,1)(3,2,1) dans cette base. Que devient la conclusion pour x−2y+z=1x-2y+z=1 ?

Correction. L’équation homogène est préservée par toute combinaison linéaire, et le vecteur nul la satisfait : FF est un sous-espace. En posant y=sy=s, z=tz=t, on obtient (x,y,z)=(2s−t,s,t)=s(2,1,0)+t(−1,0,1).(x,y,z)=(2s-t,s,t)=s(2,1,0)+t(-1,0,1). Les deux vecteurs sont libres, car les deuxième et troisième coordonnées d’une combinaison nulle imposent séparément s=t=0s=t=0. C’est une base et dim⁡F=2\dim F=2. Le vecteur (3,2,1)(3,2,1) a pour coordonnées (2,1)(2,1) dans cette base. L’ensemble d’équation x−2y+z=1x-2y+z=1 ne contient pas le vecteur nul : ce n’est pas un sous-espace.

Exercice 8 - Liberté et coordonnées dans ℝ3\mathbb{R}^3

Montrer que u=(1,1,0)u=(1,1,0), v=(1,0,1)v=(1,0,1) et w=(0,1,1)w=(0,1,1) forment une base de ℝ3\mathbb{R}^3, puis donner les coordonnées de (2,3,4)(2,3,4) dans cette base.

Correction. Une combinaison λu+μv+νw=0\lambda u+\mu v+\nu w=0 donne λ+μ=0\lambda+\mu=0, λ+ν=0\lambda+\nu=0 et μ+ν=0\mu+\nu=0. En substituant, on obtient λ=μ=ν=0\lambda=\mu=\nu=0. La famille de trois vecteurs est libre dans un espace de dimension 33 : c’est une base.

Pour le vecteur demandé, le système devient λ+μ=2\lambda+\mu=2, λ+ν=3\lambda+\nu=3, μ+ν=4\mu+\nu=4. On trouve λ=1/2\lambda=1/2, μ=3/2\mu=3/2, ν=5/2\nu=5/2. Le contrôle donne les coordonnées usuelles (1/2+3/2,1/2+5/2,3/2+5/2)=(2,3,4)(1/2+3/2,1/2+5/2,3/2+5/2)=(2,3,4).

Exercice 9 - Polynômes et base décalée

Dans ℝ2[X]\mathbb{R}_2[X], montrer que (1,X−1,(X−1)2)(1,X-1,(X-1)^2) est une base. Donner les coordonnées de P=2+3X+X2P=2+3X+X^2 et une base du sous-espace H={P∣P(1)=0}H=\{P\mid P(1)=0\}.

Correction. Si a+b(X−1)+c(X−1)2=0a+b(X-1)+c(X-1)^2=0, l’identification des coefficients de X2X^2, puis de XX, puis du terme constant donne c=b=a=0c=b=a=0. La famille est libre et possède trois éléments dans ℝ2[X]\mathbb{R}_2[X], de dimension 33 : c’est une base.

En posant T=X−1T=X-1, on obtient 2+3(T+1)+(T+1)2=6+5T+T22+3(T+1)+(T+1)^2=6+5T+T^2. Les coordonnées de PP sont donc (6,5,1)(6,5,1). La condition P(1)=0P(1)=0 annule exactement la première coordonnée dans cette base. Ainsi H=Vect⁡(X−1,(X−1)2)H=\operatorname{Vect}(X-1,(X-1)^2), ces deux polynômes sont libres, et dim⁡H=2\dim H=2.

Exercice 10 - Une matrice d’ordre 3

Soit N=(010001000)N=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&1\\0&0&0\end{pmatrix}. Calculer N2,N3N^2,N^3 et montrer que I3−NI_3-N est inversible.

Correction. Le calcul ligne-colonne donne N2=(001000000),N3=0.N^2=\begin{pmatrix}0&0&1\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix},\qquad N^3=0. Les puissances d’une même matrice commutent, donc (I3−N)(I3+N+N2)=I3−N3=I3(I_3-N)(I_3+N+N^2)=I_3-N^3=I_3, et le produit dans l’autre ordre donne aussi I3I_3. Ainsi (I3−N)−1=I3+N+N2=(111011001).(I_3-N)^{-1}=I_3+N+N^2=\begin{pmatrix}1&1&1\\0&1&1\\0&0&1\end{pmatrix}. La matrice NN est non nulle et possède une puissance nulle : ce comportement illustre pourquoi les règles du produit nul réel ne se transposent pas à toutes les matrices.

Exercice 11 - Un espace de fonctions

Soit F={x↦a+bcos⁡x+csin⁡x∣a,b,c∈ℝ}F=\{x\mapsto a+b\cos x+c\sin x\mid a,b,c\in\mathbb{R}\}. Montrer que FF est un sous-espace de ℱ(ℝ,ℝ)\mathcal F(\mathbb{R},\mathbb{R}), en donner une base et préciser les coordonnées de x↦3+2cos⁡x−sin⁡xx\mapsto3+2\cos x-\sin x.

Correction. L’ensemble est Vect⁡(1,cos⁡,sin⁡)\operatorname{Vect}(1,\cos,\sin) : il est donc stable par toute combinaison linéaire et contient la fonction nulle. Pour la liberté, supposons a+bcos⁡x+csin⁡x=0a+b\cos x+c\sin x=0 pour tout réel xx. En 00 puis en π\pi, on obtient a+b=0a+b=0 et a−b=0a-b=0, d’où a=b=0a=b=0. En π/2\pi/2, on obtient alors c=0c=0.

Les trois fonctions constituent donc une base de FF, qui est de dimension 33. Les coordonnées de la fonction demandée sont (3,2,−1)(3,2,-1). Il fallait que l’identité soit vraie pour tout xx ; une seule égalité numérique n’aurait pas suffi à prouver la liberté.

Fin du cours et des exercices corrigés