KORASATI · MATHÉMATIQUES
Retrouvez le cours intégral ci-dessous et sa version A4 mise en page, avec toutes les figures et les exercices corrigés.
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Objectifs. Justifier les passages à la limite, étudier les raccordements, encadrer une solution par dichotomie et construire une fonction réciproque. Les racines -ièmes, puissances rationnelles et la fonction Arctan prolongent ces outils. Les raisonnements de ce cours n’utilisent pas la dérivation.
Préciser le sens d’une limite
Limite finie en un point
Soit définie sur un domaine , et un réel qu’on peut approcher par des points de distincts de . Dire que lorsque signifie que les valeurs de deviennent aussi proches que souhaité de dès que est assez proche de , avec .
Formulation précise
La valeur n’intervient pas dans cette définition : elle peut être différente de , ou ne pas être définie.
Par exemple, pour , donc cette fonction tend vers en bien qu’elle ne soit pas définie en ce point.
Limites latérales
La limite à droite utilise les du domaine ; la limite à gauche les . Si les deux côtés du domaine permettent d’approcher , la limite en existe exactement lorsque les deux limites latérales existent et sont égales.
Ainsi quand , mais quand . Il n’existe donc pas de limite bilatérale en .
Limites infinies et limites à l’infini
en signifie que, pour tout seuil réel , il existe tel que et impliquent . Pour , remplacer par .
quand signifie que pour tout il existe tel que et impliquent . On combine de même les seuils pour une limite infinie à l’infini ; à , on utilise .
Unicité
Une limite réelle est unique. Si étaient deux limites, choisir donnerait, assez près du point, des valeurs simultanément dans deux intervalles disjoints. Cette contradiction établit l’unicité.
Règles de calcul et limites de référence
Opérations et comparaisons
Si et réels au même point ou au même infini, alors , et, pour , . Le dénominateur est alors non nul assez près du point considéré.
Si au voisinage considéré et les limites sont réelles, alors . Une inégalité stricte peut devenir large : pour , mais sa limite en est .
Encadrement et comparaison à l’infini
Si près du point et si , alors . Si et , alors ; le cas est analogue.
Le premier critère se prouve en enfermant les deux bornes dans . Les critères infinis se déduisent de la définition par seuil. Les formes , , et demandent une transformation supplémentaire.
Puissances entières
Pour , quand et quand . À , la limite vaut si est pair et s’il est impair. Les limites des inverses s’en déduisent en gardant les signes.
Limites trigonométriques en radians
Trois limites fondamentales
Pour , l’encadrement géométrique établit la première limite ; la fonction est paire, donc les deux côtés donnent . La deuxième utilise . Pour la troisième,
Composition
Si et est continue en , alors , à condition que la composée soit définie près du point. Si l’on utilise seulement , sans continuité en , il faut en plus que assez près du point. Respecter aussi le domaine et le côté d’approche pour une limite latérale.
Choisir la transformation adaptée
Factoriser une forme
Lorsque numérateur et dénominateur s’annulent, chercher un facteur commun. La simplification se fait pour , ce qui suffit pour calculer une limite.
Exemple - Un polynôme factorisé
Cela ne rend pas la fraction initiale définie en ; le prolongement par continuité sera une nouvelle fonction.
Multiplier par l’expression conjuguée
Exemple - Une différence de racines
Pour proche de , Le domaine est et ; le dénominateur après simplification reste positif.
Comparer les termes dominants à l’infini
Dans un quotient de polynômes, diviser par la plus grande puissance utile. Par exemple, Pour les racines, ne pas oublier . À , ; à , cette même expression tend vers .
Encadrer une oscillation
La fonction oscille lorsque , mais . Donc et le théorème d’encadrement donne . La forme apparente ne suffit pas : c’est le facteur qui tend vers zéro qui contrôle l’oscillation.
Adapter la limite trigonométrique
Pour , poser donne De même, . Pour , les expressions valent identiquement lorsqu’elles sont définies. Vérification. Une substitution doit conserver le domaine et le côté d’approche. Près d’un zéro du dénominateur, étudier séparément les signes à droite et à gauche.
Continuité et prolongement
Continuité en un point et sur un intervalle
Une fonction est continue en un point de son domaine si , la limite étant prise dans le domaine. Aux extrémités d’un intervalle, on utilise la limite du côté où la fonction est définie. La continuité à droite ou à gauche se définit de façon analogue.
Une fonction est continue sur un intervalle lorsqu’elle est continue en chacun de ses points, avec cette convention aux extrémités. Les polynômes sont continus sur ; les fonctions rationnelles sont continues là où leur dénominateur ne s’annule pas ; les fonctions trigonométriques usuelles sont continues sur leur domaine.
Stabilité par opérations et composition
Sommes, produits et composées de fonctions continues sont continus sur les domaines où les expressions sont définies. Un quotient exige un dénominateur non nul. Ainsi est continue sur , et est continue aux points où .
Prolonger par continuité
Si n’est pas définie en mais admet une limite réelle en , l’unique prolongement continu en est obtenu en posant et ailleurs.
Exemple - Réparer une valeur manquante
Pour , définie sur , la limite en vaut . La fonction prolongée est simplement sur tout .
En revanche, a pour limites latérales et en . Aucun choix d’une seule valeur en ne rend cette fonction continue. Une limite infinie ne permet pas non plus un prolongement à valeurs réelles.
Fonctions définies par morceaux
À chaque point de raccord, calculer la limite à gauche, la limite à droite et la valeur effectivement définie. La continuité exige l’égalité des trois, lorsque les deux côtés existent.
Exemple - Un raccordement avec paramètre
Soit pour , et pour . La limite gauche vaut , tandis que la limite droite et valent . Ainsi la continuité sur équivaut à .
Composition avec une suite
Si , avec dans le domaine de , et si est continue en , alors . Pour le prouver, choisir d’abord le voisinage de donné par la continuité, puis le rang à partir duquel reste dans ce voisinage. Cette propriété justifie les passages à la limite dans les récurrences, une fois la convergence établie.
Valeurs intermédiaires et dichotomie
Images d’intervalles
L’image d’un intervalle par une fonction continue est un intervalle. L’image d’un segment est un segment : la fonction atteint un minimum et un maximum. Ces deux résultats sont admis ici.
Attention : ne sont pas forcément . Par exemple, transforme en ; le minimum est atteint à l’intérieur. Si est de plus croissante, l’image de est ; pour une fonction décroissante, inverser l’ordre des bornes.
Théorème des valeurs intermédiaires
Si est continue sur , tout réel entre et est atteint : il existe tel que . Si est en plus strictement monotone, cette solution est unique. Lorsque est strictement entre les deux valeurs, .
Le théorème découle du fait que l’image est un intervalle contenant et . Il prouve une existence, pas une unicité sans hypothèse supplémentaire.
Une solution unique
Pour , on a et . La continuité donne un zéro dans . Pour , car . Donc est strictement croissante et le zéro est unique.
Dichotomie : un intervalle certifié
Partir d’un segment où . Calculer . Si , on a trouvé la solution. Sinon, garder la moitié où les signes encadrent zéro.
Les segments sont emboîtés, contiennent et vérifient . Les suites sont adjacentes et convergent vers . Le milieu approche avec une erreur au plus .
| Étape | Milieu testé | Signe | Segment conservé |
|---|---|---|---|
À partir de , dix subdivisions donnent une largeur . La largeur de l’intervalle et l’erreur du milieu sont deux garanties différentes.
Fonctions réciproques
Théorème de la bijection
Une fonction continue et strictement monotone
Si est continue et strictement monotone sur un intervalle , elle établit une bijection de sur l’intervalle . Il existe une unique fonction réciproque telle que La réciproque est continue sur et possède le même sens de variation que .
L’existence des antécédents vient de la définition de et des valeurs intermédiaires ; leur unicité vient de la stricte monotonie. Si est croissante, impose , sinon l’ordre des images serait inversé. Le cas décroissant est analogue.
Pourquoi la réciproque est continue
Pour une fonction croissante et un point intérieur , choisir aussi proches que souhaité de . Alors . Si est assez proche de pour rester entre et , son antécédent reste entre et . C’est la continuité de en . Aux extrémités, on utilise un seul côté ; pour une fonction décroissante, on renverse les inégalités.
Déterminer l’intervalle image
Pour une fonction strictement croissante sur un intervalle ouvert, les limites aux extrémités donnent les bornes de l’image ; elles ne sont pas atteintes. Une extrémité incluse dans le domaine apporte sa valeur à l’image. Les infinis ne sont jamais des valeurs réelles atteintes.
Par exemple, est continue et strictement croissante sur , car pour . Comme et à , son image est . Résoudre donne sur .
Lecture graphique
Dans un repère orthonormé, les courbes de et sont symétriques par rapport à , car le point devient .
Figure disponible dans la version PDF ci-dessus.
La courbe bleue est celle de ; la verte celle de sa réciproque, la racine cubique. désigne une fonction réciproque, et non .
Racines -ièmes et puissances rationnelles
Définir une racine par une bijection
Pour un entier , est continue et strictement croissante sur , d’image . Chaque possède donc une unique racine positive ou nulle telle que .
Si est impair, la fonction puissance est strictement croissante sur tout et son image est : la racine -ième est alors définie sur et impaire. Pour pair, il n’existe pas de racine réelle d’un nombre négatif, et le symbole désigne la racine non négative.
Conséquences du théorème de la réciproque
La racine -ième est continue et strictement croissante sur son domaine. On a Pour impair, la limite en vaut .
Exposant rationnel sur les réels positifs
Pour , , , on définit Cette définition ne dépend pas de l’écriture de la fraction : en passant à un dénominateur commun, l’unicité des racines positives donne le même nombre. Elle prolonge les puissances entières.
Pour et , on obtient , , et . L’hypothèse de positivité évite les ambiguïtés des racines paires.
Exemple - Calculer exactement
et . Pour un exposant , on peut prolonger à en posant ; ce n’est pas possible pour .
Continuité, ordre et limites
est continue sur . Pour , elle est strictement croissante, tend vers en et vers en . Pour , elle est strictement décroissante et ces deux limites sont respectivement et . Pour , la fonction vaut .
Ces résultats se déduisent des propriétés des racines et puissances entières. Certaines puissances rationnelles se définissent aussi pour ; chaque cas exige son domaine propre. Les règles énoncées ci-dessus sont utilisées ici avec .
La fonction Arctan
Inverser la tangente sur le bon intervalle
Sur , la tangente est continue, strictement croissante et vérifie Sa stricte croissance peut se voir sans dérivée : pour dans , puisque et les deux cosinus sont positifs. Elle est donc bijective de sur .
Définition et identités
La fonction réciproque est . Elle vérifie
Propriétés et valeurs usuelles
Arctan est continue, strictement croissante et impaire. L’imparité vient de celle de la tangente et de l’unicité de l’antécédent dans l’intervalle choisi. De plus, Ces bornes ne sont jamais atteintes. La première limite se justifie ainsi : pour chaque dans , implique , tandis que .
Figure disponible dans la version PDF ci-dessus.
Exemple - Ramener un angle à l’intervalle principal
, donc , et non . On ne peut supprimer les deux fonctions que lorsque l’angle de départ appartient à .
Exercices corrigés - Limites et continuité
Exercice 1 - Une preuve avec
Prouver directement que lorsque .
Correction. . Pour chaque , choisir . Alors implique . C’est exactement la définition de la limite.
Exercice 2 - Quatre limites usuelles
Calculer les limites de en , en , en et à .
Correction. La première fraction vaut pour , donc tend vers . La deuxième vaut pour , donc tend vers . La troisième vaut , donc tend vers . Enfin, diviser par donne .
Exercice 3 - Le signe sous une racine
Étudier à et à .
Correction. Le domaine est . Pour , rationaliser puis diviser par donne À , utiliser , donc . On ne peut pas employer la même simplification avec pour les négatifs.
Exercice 4 - Prolongement et oscillation
Déterminer la valeur rendant continue la fonction égale à pour et à en . Puis prolonger en .
Correction. La première limite vaut , donc l’unique choix est . Pour , ; le prolongement continu est . L’existence d’une limite du produit ne suppose pas que ait lui-même une limite.
Exercices corrigés - Existence et réciproques
Exercice 5 - Une racine encadrée
Montrer que admet un unique réel , puis établir .
Correction. La fonction est continue sur , tend vers et aux deux extrémités, et est strictement croissante par la différence factorisée de la partie V. Elle possède donc un unique zéro. Le calcul exact donne et . La monotonie et les valeurs intermédiaires donnent l’encadrement, de largeur .
Exercice 6 - Image et restriction du domaine
Déterminer l’image de par . Cette fonction y est-elle bijective ? Donner ensuite sa réciproque lorsqu’on restreint le domaine à .
Correction. Le minimum est , atteint en ; le maximum est , atteint en . Par continuité, l’image est . La fonction n’est pas injective sur , car . Sur , elle est continue et strictement croissante, donc bijective sur ; la réciproque est sur .
Exercice 7 - Une réciproque rationnelle
Soit sur . Déterminer son image et sa réciproque.
Correction. est continue sur . Si , , donc croît strictement. Ses limites sont en et en , avec . L’image est .
Résoudre donne . Pour , cette valeur vérifie , donc appartient à . Ainsi , pour .
Exercice 8 - Puissance et racine cubique
Résoudre pour , puis calculer la limite de en .
Correction. La puissance est strictement croissante sur ; l’unique solution est . Pour la limite, poser . Pour ,
Exercices corrigés - Arctan et suites
Exercice 9 - Intervalle principal et passage à la limite
Calculer , résoudre , puis déterminer les limites de et .
Correction. , dont l’angle dans est . Le premier résultat vaut donc . Pour l’équation, l’angle appartient au bon intervalle ; appliquer la tangente donne , donc , qui vérifie l’équation initiale.
Ensuite . Arctan étant continue en , . Comme , la limite à l’infini d’Arctan donne . Aucun terme n’est égal à cette limite : l’image d’Arctan est un intervalle ouvert.
Exercice 10 - Une réciproque sans formule explicite
Soit sur . Montrer qu’elle possède une réciproque continue sur . Pour , étudier et donner une majoration de .
Correction. La fonction est continue. Pour , : elle est strictement croissante. Ses limites en sont , donc son image est . Le théorème de la bijection donne une réciproque continue . Puisque , on a .
La suite tend vers par encadrement. La continuité de donne donc . Pour contrôler l’erreur, l’identité donne Comme , . Cette estimation fournit aussi une preuve directe de la convergence, sans expression explicite de .
Les hypothèses font partie de la conclusion
Le théorème des valeurs intermédiaires exige la continuité sur tout le segment. Ainsi prend des valeurs de signes opposés en et , mais n’a pas de zéro : il n’est pas continu sur . De même, une fonction continue peut avoir plusieurs antécédents ; la stricte monotonie garantit l’unicité utilisée pour une réciproque.