KORASATI · MATHÉMATIQUES
Retrouvez le cours intégral ci-dessous et sa version A4 mise en page, avec toutes les figures et les exercices corrigés.
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Objectifs. Choisir un univers adapté, compter les issues, interpréter une information conditionnelle et distinguer indépendance et incompatibilité. Les variables aléatoires finies et la loi binomiale permettent ensuite de calculer gains moyens et dispersion.
Modéliser une expérience finie
Issues et événements
Une expérience aléatoire a un résultat incertain avant sa réalisation. L’univers fini est l’ensemble de ses issues ; un événement est une partie de . L’événement certain est , l’impossible est .
Si , signifie et , signifie ou au sens inclusif, et est l’événement contraire. Les événements sont incompatibles si .
Attribuer les probabilités
On attribue à chaque issue un nombre , avec . La probabilité d’un événement est la somme des probabilités de ses issues : .
Équiprobabilité
Lorsque les issues ont toutes la même probabilité , La formule cas favorables sur cas possibles exige ce modèle équiprobable.
Pour deux dés équilibrés indépendants, les couples ordonnés sont équiprobables, mais les sommes de à ne le sont pas : la somme correspond à un couple, la somme à six.
Règles fondamentales
La dernière formule soustrait les issues de l’intersection, comptées deux fois. Pour des événements incompatibles, les probabilités s’ajoutent directement.
Exemple - Un dé équilibré
Soit et . Alors et .
Une fréquence observée sur de nombreuses répétitions peut aider à proposer ou tester un modèle. Elle n’est pas obligée d’être exactement égale à la probabilité sur un nombre fini d’essais.
Dénombrer sans changer de modèle
Choix successifs et ordre
Si une première étape offre possibilités et chaque choix est suivi de possibilités, il y a résultats ordonnés. Cette règle se généralise à plusieurs étapes.
Pour choisir une liste de éléments parmi : avec répétition autorisée, il y a listes ; sans répétition, avec , il y en a On note et . Ranger tous les éléments distincts donne permutations.
Choix sans ordre : les combinaisons
Choisir éléments distincts parmi
Pour , le nombre de sous-ensembles à éléments est On divise le nombre de listes sans répétition par les ordres d’un même groupe.
On a , et La dernière identité sépare les groupes selon qu’ils contiennent ou non un élément fixé. Le binôme de Newton est .
Exemple - Tirage simultané
Une urne contient trois boules rouges et deux bleues, toutes distinctes et indiscernables au toucher. Un tirage uniforme de deux boules donne paires équiprobables. Il y a paires de couleurs différentes ; leur probabilité vaut .
Remise, ordre et équiprobabilité
Avec remise, des tirages uniformes successifs indépendants donnent des listes équiprobables. Sans remise, les listes d’objets distincts le sont aussi, mais les probabilités conditionnelles changent après chaque tirage. Si l’ordre n’intervient pas dans l’événement, on peut compter les groupes uniformes correspondants.
Même univers au numérateur et au dénominateur
Ne pas compter des listes ordonnées au numérateur et des groupes non ordonnés au dénominateur. Les couleurs seules ne sont généralement pas équiprobables : il faut tenir compte du nombre d’objets de chaque couleur.
Probabilités conditionnelles et arbres
Une information change l’univers de référence
Pour , la probabilité de sachant est L’événement est supposé réalisé. On en déduit la règle du produit Ce n’est pas en général . Une condition de probabilité nulle ne permet pas d’utiliser ce quotient.
Lire un arbre pondéré
Dans l’urne à trois rouges et deux bleues, tirer deux boules sans remise. Les indices désignent le rang du tirage.
Figure disponible dans la version PDF ci-dessus.
Les branches issues d’un même nœud totalisent . On multiplie le long d’un chemin, puis on additionne les chemins incompatibles d’un événement. Ainsi , et .
Probabilités totales et formule inverse
Si forment une partition de et ont des probabilités positives, alors Si , la formule de Bayes est simplement la définition appliquée à l’intersection : Le dénominateur rassemble toutes les façons d’obtenir l’observation .
Indépendance : vérifier avant de multiplier
Deux événements indépendants
Définition
et sont indépendants si . Si , cela équivaut à .
L’indépendance exprime que l’information ne modifie pas la probabilité de . Elle est symétrique, car l’intersection et le produit le sont. La définition par produit reste utilisable si une probabilité vaut zéro.
Événement contraire
Si et sont indépendants, alors et le sont aussi : Par symétrie et répétition, puis sont également indépendants.
Indépendance et incompatibilité
Deux événements incompatibles ont une intersection vide. S’ils ont tous deux une probabilité strictement positive, ils ne sont pas indépendants, puisque . Lorsqu’un événement de probabilité positive est connu réalisé, un événement incompatible devient impossible.
Exemple - Deux lancers indépendants
Pour deux pièces équilibrées lancées indépendamment, est équiprobable. Pile au premier lancer et Pile au deuxième ont chacun une probabilité , et leur intersection . Ils sont indépendants et compatibles.
Expériences indépendantes
Dans une répétition d’expériences indépendantes, les probabilités d’une suite de résultats se multiplient. Pour plusieurs expériences, on suppose l’indépendance de l’ensemble du modèle ; vérifier quelques paires ne remplace pas cette hypothèse générale.
La remise dans une urne rétablit la composition, mais le modèle précise aussi que les tirages sont uniformes et indépendants. Sans remise, connaître une couleur modifie généralement la probabilité de la retrouver : dans l’urne précédente, .
Une cause commune peut créer une dépendance
Deux tirages peuvent être indépendants lorsqu’une boîte est fixée, tout en devenant dépendants si cette boîte a d’abord été choisie au hasard. L’exercice 10 montre pourquoi il faut préciser exactement ce qui est conditionné.
Variable aléatoire, espérance et dispersion
Associer un nombre à chaque issue
Une variable aléatoire réelle sur l’univers fini est une fonction . Sa loi donne les valeurs distinctes et leurs probabilités , qui vérifient et .
Dans le tirage de deux boules parmi trois rouges et deux bleues, soit le nombre de rouges. Alors
Par exemple, .
Figure disponible dans la version PDF ci-dessus.
Espérance et variance
Définitions pour une loi finie
L’écart type est . L’espérance est une moyenne théorique ; elle n’est pas nécessairement une valeur prise par .
La dernière formule s’obtient en développant le carré. Ici , , donc et .
Transformation et jeu équitable
Pour des constantes , , et . Ainsi le gain a pour espérance et pour variance .
Un jeu est dit équitable si son gain net a une espérance nulle. Il faut donc soustraire la mise au montant reçu avant de conclure.
Fonction de répartition d’une variable finie
Cumuler les probabilités jusqu’à un seuil réel
Définition
Pour tout réel , la fonction de répartition de est Si les valeurs possibles sont rangées , alors Le seuil peut être n’importe quel réel, même si ne prend que des valeurs entières.
Pour , l’événement est inclus dans : est donc croissante au sens large, avec . Elle vaut avant la plus petite valeur possible et à partir de la plus grande. Entre deux valeurs successives, aucune probabilité nouvelle n’est ajoutée : elle est constante.
Une courbe en escalier et des bornes précises
Reprenons le nombre de boules rouges de la page précédente : Ainsi , , et . Le signe dans la définition impose d’inclure le saut au point du saut.
Figure disponible dans la version PDF ci-dessus.
Un disque plein appartient à la courbe ; un cercle vide indique une extrémité exclue. Les segments verticaux reliant les paliers ne font pas partie du graphe : à chaque seuil correspond une seule valeur.
Continuité à droite et saut
Dans le cas fini, conserve sa valeur sur un petit intervalle à droite de chaque réel : elle est continue à droite. Sa limite à gauche, notée , vaut . Par conséquent, La hauteur du saut donne la probabilité de cette valeur. Au point , le saut vaut , exactement .
Lire et retrouver une loi avec sa répartition
Calculer une probabilité d’intervalle
Pour , les différences d’événements donnent Par exemple, est la réunion disjointe de et de , ce qui prouve la première identité. Les autres distinguent de même les extrémités incluses ou exclues. On a aussi
Exemple - Les bornes changent le résultat
Pour la loi de la page précédente, La formule serait fausse : elle compterait aussi la probabilité du point .
Retrouver une loi à partir des sauts
Supposons que prenne ses valeurs dans et que sa répartition soit successivement , , , sur les intervalles délimités par ces trois valeurs, avec les bornes gauches incluses. On soustrait deux paliers consécutifs : Les probabilités sont positives et leur somme vaut . On peut ensuite retrouver La répartition détermine donc entièrement la loi finie, puis ses moments.
Reconnaître une courbe impossible
Une courbe proposée doit rester entre et , être croissante et continue à droite. Pour une loi finie, elle est en escalier, vaut avant son premier saut et après son dernier. Des paliers successifs , , , ne conviennent pas : le saut négatif imposerait une probabilité .
Cas binomial
Pour , avec , la répartition vaut pour , pour et, pour , Ici est le plus grand entier inférieur ou égal à . Cette formule cumule la loi binomiale étudiée dans la section suivante ; elle ne remplace pas la vérification de ses conditions.
Répétitions indépendantes et loi binomiale
Épreuve de Bernoulli
Une épreuve de Bernoulli a deux résultats : succès, de probabilité , et échec, de probabilité . Sa variable indicatrice vaut en cas de succès et sinon ; elle a pour espérance et variance .
Schéma binomial
Les trois conditions du modèle
On effectue un nombre fixé d’épreuves indépendantes, avec la même probabilité de succès à chaque épreuve. Si compte les succès, on écrit et, pour , Si , certainement ; si , certainement.
Chaque suite ordonnée avec succès a probabilité ; les positions des succès peuvent être choisies de façons. Ces événements sont incompatibles, ce qui prouve la formule. Leur somme vaut .
Espérance et variance
Pour comprendre ces formules, écrire , où indique le succès à l’essai . La linéarité de l’espérance donne . Pour , l’indépendance donne ; en développant , on obtient , puis la variance annoncée.
Exemple - Quatre essais avec
La probabilité d’un seul succès est . Celle d’au moins un succès vaut . L’espérance est et la variance .
Au moins, au plus et seuil de confiance
Au plus signifie et demande de sommer les probabilités de à . Pour au moins un , l’événement contraire simplifie le calcul. Pour assurer , avec , résoudre La division par inverse l’inégalité. On choisit ensuite le plus petit entier satisfaisant la condition et on vérifie le rang précédent.
Exercices corrigés - Événements et dénombrement
Exercice 1 - Union et événement contraire
Un dé équilibré est lancé. Soit : obtenir un nombre premier , et : obtenir au moins . Calculer les probabilités de , , , et de ni , ni .
Correction. , et . Donc , et . Ni l’un ni l’autre est , de probabilité .
Exercice 2 - Former une commission
On choisit uniformément une commission de trois personnes parmi cinq membres du groupe et trois du groupe . Calculer la probabilité d’avoir exactement deux membres de , puis celle d’avoir au moins un membre de .
Correction. Les commissions sont équiprobables. Pour deux membres de et un de , il y a choix. La première probabilité est .
Le contraire d’ au moins un membre de est trois membres de , ce qui donne commissions. La seconde probabilité vaut . Les membres n’ont pas de rôles distincts : on compte des groupes, pas des listes.
Exercice 3 - Trois tirages sans remise
Une urne contient quatre boules bleues et trois rouges. On tire trois boules successivement sans remise, chaque boule restante ayant la même chance. Calculer la probabilité d’obtenir exactement deux rouges, puis celle d’avoir trois boules de même couleur. Sachant que les deux premières sont bleues, calculer la probabilité que la troisième soit rouge.
Correction. Pour les deux premières questions, l’ordre n’intervient pas ; les groupes sont équiprobables. Deux rouges et une bleue donnent groupes, soit . Trois boules de même couleur donnent groupes, soit .
Après deux bleues, il reste cinq boules, dont trois rouges. La probabilité conditionnelle demandée est donc . Elle ne se calcule pas en réutilisant la composition initiale de l’urne.
Exercices corrigés - Conditionnement et loi
Exercice 4 - Retrouver l’origine d’une pièce
Deux ateliers fournissent un lot : fournit des pièces et fournit . Dans ce modèle, les proportions de défauts sont pour et pour . On choisit une pièce uniformément. Calculer la probabilité qu’elle soit défectueuse, puis la probabilité qu’elle provienne de sachant qu’elle est défectueuse.
Correction. Noter l’événement défaut . La partition par origine donne L’intersection a pour probabilité . D’où . La probabilité conditionnelle répond à une autre question ; l’inverser sans calcul serait incorrect.
Exercice 5 - Indépendants ou incompatibles ?
Pour un dé équilibré, soit et . Sont-ils indépendants ? Comparer avec et .
Correction. , , et , donc . Ils sont indépendants, bien qu’ils puissent se produire ensemble.
En revanche, et . Les deux probabilités valent ; leur produit est . Ils sont incompatibles et ne sont pas indépendants.
Exercice 6 - Gain net et équité
On lance un dé équilibré et reçoit un montant égal au numéro obtenu, en unités monétaires. La mise est . Donner la loi du gain net , son espérance, sa variance et la mise qui rendrait le jeu équitable.
Correction. Si est le numéro, prend , chacun avec probabilité . On a Donc et . L’écart type est . Une mise de rend l’espérance du gain net nulle. Cela ne garantit pas un gain nul à chaque partie.
Exercices corrigés - Loi binomiale
Exercice 7 - Justifier le modèle puis calculer
On réalise six essais indépendants, chacun ayant une probabilité de succès. Soit le nombre de succès. Calculer la probabilité de deux succès, celle d’au moins un succès, l’espérance et la variance.
Correction. Le nombre d’essais est fixé, ils sont indépendants et la probabilité de succès est constante : . Ainsi Par événement contraire, . Enfin et .
Exercice 8 - Un nombre minimal d’essais
Chaque essai indépendant réussit avec probabilité . Combien d’essais faut-il au minimum pour que la probabilité d’au moins un succès soit au moins ?
Correction. Pour essais, l’absence de succès a probabilité . Il faut donc Le premier entier possible est . Pour contrôler l’arrondi, tandis que . Ainsi ne suffit pas et convient. Ces comparaisons peuvent aussi être vérifiées en multipliant les entiers dans .
Exercice 9 - Deux séries indépendantes
Trois essais puis deux autres essais sont tous indépendants et ont une probabilité de succès. Soit le nombre de succès de la première série, celui de la seconde et . Calculer , puis .
Correction. Les cinq essais satisfont ensemble les conditions binomiales : . Donc .
Sous l’événement , avoir impose . Les deux séries étant indépendantes, La probabilité conditionnelle vaut donc . Il serait faux de répondre seulement , car le total connu apporte une information.
Exercice de synthèse - Une boîte commune
Exercice 10 - Indépendance conditionnelle et dépendance
On choisit une boîte avec probabilité , et une boîte avec probabilité . La boîte contient trois boules rouges et une bleue ; contient une rouge et trois bleues. Dans la boîte choisie une seule fois, on effectue deux tirages uniformes avec remise, indépendants lorsque la boîte est fixée. Noter les événements rouge aux deux rangs.
Calculer et .
Les événements sont-ils indépendants sans connaître la boîte ?
Sachant que les deux boules sont rouges, quelle est la probabilité que la boîte choisie soit ?
Correction. Pour une boîte donnée, la remise conserve la probabilité de rouge : dans et dans . La formule des probabilités totales donne Le même calcul s’applique à . Pour deux rouges, multiplier d’abord dans chaque boîte, puis pondérer par le choix initial : Or , tandis que . Les événements ne sont donc pas indépendants dans le modèle où la boîte reste inconnue. La probabilité de rouge au second tirage, sachant rouge au premier, vaut même Observer un rouge rend la boîte riche en rouges plus plausible, ce qui explique cette augmentation.
Enfin, . La formule conditionnelle donne
Conclusion de la méthode
Décrire ce qui est tiré ou choisi, préciser ce qui est connu, et identifier les essais réellement indépendants. Ici, le nombre de rouges n’a pas une loi : il est un mélange de deux lois binomiales conditionnelles. Une même probabilité marginale à chaque rang ne suffit pas.
Exercices corrigés - Fonction de répartition
Exercice 11 - Des paliers à la loi et aux moments
Une variable a pour fonction de répartition Déterminer sa loi, , , son espérance et sa variance.
Correction. Les seuls sauts sont en , , . Leurs hauteurs donnent respectivement , , . Ces trois probabilités totalisent . Ainsi La première probabilité compte seulement ; la seconde compte et . Ce contrôle par la loi confirme les bornes. Enfin,
Exercice 12 - Une répartition binomiale complète
On lance trois fois une pièce équilibrée, indépendamment. compte les faces. Écrire sur , puis calculer , et .
Correction. Il y a trois essais indépendants avec probabilité constante de face : . Les probabilités en sont . En cumulant, Donc , et . En particulier, inclut les cas avec exactement deux faces : ce n’est pas la probabilité .